Un petit poème anti-poétique

La vie est une tragédie sans spectateur !
Une tragédie? je n'en sais rien.
Sans spectateur, c'est certain.
Personne, non personne n'est spectateur.
Celui qui se prétend tel est un menteur.
"Hé toi ! me disais-je, tu dois trouver ton rôle.
Puisque personne n'est spectateur,
Personne n'est juge, personne n'est sage...
Réveille-toi, c'est ton heure !
Plonge et nage, tu trouvera bien un rivage !
Tu dois trouver un but, même s'il n'y a pas de goal."
La mer houleuse des arts
Sera mon salut et mon territoire.
"La plume d'acier trempée,
conte et narre ta fabuleuse histoire.
Unique ! tu l'es, il n'y a qu'a te voir :
Sourcils froncés, regard profond et noir,
Tu es le Phoenix de chez-toi.
Tu réfléchis ton époque et son désespoir
Infiniment mieux qu'un miroir"
Horrifié ! je m'aperçus, mais trop tard,
Que je n'étais pas dans la mer des arts,
Ni même dans une petite marre,
Où viendraient se baigner des petits canards.
J'étais seulement dans ma baignoire
"Allez ! redescend sur terre petit bonhomme.
Mets quelques sou de côté et sois économe.
Travaille dur, gare à toi si tu chômes.
A part ça, improvise et prends du plaisir.
La vie, c'est pas du Shakespear.
Et de toute façon, on va tous mourir."

Il était de la mer
Elle du désert
Elle craignait la mort
Il n’y voyait qu’un port
Elle métaphysique
Lui pataphysique
Elle sentimentale
Lui dans les étoiles
Il rêvait d’une vie d’ascète
Elle rêvait d’une vie à deux
Elle pleurait tout le temps
Il riait souvent
Elle tel quel
Lui pêle-mêle
Elle belle
Lui rebelle
Et après tout
Malgré tout
En dehors de tout
L’un dans l’autre
Ils s’aimaient.
Il était une fois une fille extraordinaire. Elle était faite d’eau et de feu. C’est pour ça qu’on l’appelait l’Aqua-feuse. Elle était une sainte avec des reflets de diable au crépuscule. Elle était un rêve qui vient vous réveiller au petit matin. Ses yeux des soleils froids, des soleils où l’on se noie. Son nez un affront à la reine d’Égypte. Son front la baie de l’Inconnu. Sa bouche une porte du paradis. Son étreinte un cyclone. Sa peau un encensoir. Son âme un miroir.
Mais non mais non. Ne cherchez pas, ne regrettez pas, n’enviez pas. L’aqua-feuse n’est pas de ce monde. L’aqua-feuse est une créature poétique. Au fond elle n’est ni d’eau ni de feu. L’aqua-feuse c’est de l’air !